Péncoo a rencontré Monsieur Boubacar Fall, Coordonnateur du Rassemblement des Travailleurs du Sénégal (RTS), collectif regroupant les licenciés du régime de Sonko-Diomaye afin de faire le point sur la lutte qu’il mène pour retrouver leur emploi.
Péncoo : Bonjour M.Fall, pouvez-vous nous faire le bilan de votre combat contre les licenciements abusifs dont sont victimes les membres de votre collectif?
Notre bilan est à la fois alarmant et résolu. Depuis l’arrivée au pouvoir du régime PASTEF en mars 2024, plus de 30 000 travailleurs du public et du parapublic ont été licenciés arbitrairement.
Ces mesures violent systématiquement les règles régissant le monde du travail :
- Le Code du Travail sénégalais (articles L.12, L.36, L.42, L.55), avec des ruptures de contrat sans préavis, sans entretien préalable ni consultation des instances représentatives.
- Les conventions internationales ratifiées par le Sénégal, notamment les conventions OIT n°158 (licenciement abu-sif), nº111 (discrimination poli-tique) et n°87.
Malgré nos actions pacifiques (marches, dépôt de mémoran-dums, alerte auprès de l’OIT), le gouvernement ignore nos do-léances. Pire, les travailleurs licenciés subissent des représailles (suspensions de salaire, rétrogra-dations, harcèlement moral), comme en témoigne mon propre cas.
En résumé, nous pouvons affirmer qu’aucune avancée concrète n’est notée.
Péncoo : Les Centrales ont signé le pacte social avec le gou-vernement. Dans quelle mesure ce pacte a-t-il tenu compte de vos revendications ?
Le pacte social signé par certaines centrales syndicales avec le gouvernement ignore totalement nos revendications. Ce texte One prévoit aucune mesure pour les 30 000 licenciés (ni réintégration, ni indemnisation). Il évite soigneusement la question des licenciements politiques et du népotisme dans les recrutements, perpétue un dialogue social tron-qué, excluant les collectifs comme le RTS qui dénoncent les abus. DONotre position est que ce pacte est une mascarade pour légitimer un régime qui piétine les droits des travailleurs. Il sert à étouffer la contestation, pas à résoudre la crise. Le pacte social signé par les centrales syndicales est un leurre.
Péncoo : Quelles sont les perspectives que votre mouvement se donne, face à une telle situation?
Pour les perspectives, nous intensifierons la lutte sur trois fronts :
1. Pression internationale : Africaine et les ONG des droits humains. Saisir l’OIT pour une enquête indépendante et des sanctions contre le Sénégal. Mobiliser T’ONU, l’Union Africaine et les ONG des droits humains.
2. Résistance locale :
- Organiser des manifestations pacifiques (comme celle du ler mai 2025).
- Porter devant les tribunaux chaque cas de licenciement abusif.
3. Solidarité citoyenne :
– Sensibiliser l’opinion publique via des campagnes médiatiques et des alliances avec la société civile.
Objectif ultime : Obtenir la réintégration des travailleurs licenciés et l’adoption de garanties contre la politisation de la fonction publique.
Quelles formes de soutien attendez-vous des partis politiques comme les nôtres ?
Nous attendons des partis politiques qu’ils amplifient notre voix, interpellent le gouvernement à l’Assemblée nationale sur les licenciements abusifs, comme nous l’avons demandé aux dépu-tés, et qu’ils exigent la publication des audits sur la gestion des entreprises publiques comme le Port de Dakar, le FERA, Dakar Dem Dikk, etc.
En outre, il est attendu de ces partis un Soutien juridique et lo-gistique. C’est-à-dire, nous aider à saisir les tribunaux nationaux et internationaux et faciliter l’accès aux médias pour briser l’omerta.
Enfin, on attend une Solidarité concrète de la part des partis comme la participation à nos marches, à l’exemple de celle du 30 mai 2025 et un soutien financier pour les familles licenciées, a travers le fonds d’urgence mis en place.
Le message clair que nous voulons adresser aux partis est qu’ils doivent choisir leur camp : celui de la complicité avec l’arbitraire ou de la défense des droits humains. Le RTS ne transigera pas sur la justice sociale.
Quel est votre dernier mot ?
Je voudrais dire que notre combat dépasse les syndicats ou les partis : c’est celui de la dignité de 30 000 Sénégalais jetés dans la précarité. Si l’État ne respecte pas ses lois, la communauté internationale devra l’y contraindre. Et tout parti qui se tait sera complice de cette tragédie.
Propos recueillis par Mor NDOYE
