DUALITE AU SOMMET DE L’ETAT SENEGALAIS

Ce qu’il faut bien retenir : il s’agit de missions différentes mais complémentaires, dans leur fonctionnement. Le président de la République reste le chef de l’Etat dans un régime républicain. Et le Sénégal l’est et le demeure, dans toute sa pratique… jusqu’à ce que s’impose, une alternance, fruit d’une troisième République aux allures bien étranges.
Le président de la République est élu au suffrage universel direct. Il veille au respect de la Constitution, garantit l’indépendance nationale, l’intégrité du territoire, le respect des traités conclus. Ses pouvoirs varient selon les régimes, mais il joue un rôle déterminant, dans le fonctionnement des institutions en place. Il nomme le Premier des ministres… et oriente la direction de la politique étrangère et de la défense. Il est à la fois le chef de l’Etat, chef des Armées et de l’exécutif.
Quant au Premier ministre, 1l demeure le chef du gouvernement nommé par le président de la République. Il dirige l’attelage gou-vernemental. Il assure l’exécution des lois et exerce le pouvoir réglementaire, sous réserve de la signature des ordonnances et décrets dé-libérés, en Conseil des ministres par le chef de l’Etat. Il assure et coordonne l’action du gouvernement, en arbitrant les politiques décidées par le Président de la République pour ses différents ministères. Somme toute, voilà le principe de partage dont le Président, reste l’Autorité de droit commun, en termes de nomination aux emplois civils et militaires de l’Etat. Et tout ceci donc ne peut être du ressort du Premier des ministres et/ou faire l’objet d’interprétation troublante.
C’est d’ailleurs pour cette raison que la fonction de premier Ministre a été supprimée au Sénégal entre 1962 à 1970 ; puis entre 1983 à 1991… et enfin, entre 2019 et 2022.
Ainsi ladite fonction est réapparue, aux derniers soubresauts de la fin du règne de l’ancien régime… et remise au goût du jour, avec la dernière alternance, encensée par le tout nouveau pouvoir en gestation.
Alors, cette dualité au sommet du pouvoir est-il possible ? Non ! Puisque le président de la République a été le seul élu, dans le cœur de la majorité des sénégalais. Pourquoi donc, cette attaque frontale de son Premier Ministre, l’apostrophant au vu au su de
toute une nation ? En a-t-il le droit, fusse-t-il le Président du parti qu’il dirige, et dans lequel le Président adhère ? Non ! Le parti ne peut surclasser l’Etat, dans son fonctionnement régalien. Sous cet angle, il est inconcevable dès lors, de se poser la question de savoir : qui a tort ou qui a raison ? D’ailleurs, sur ce plan, il est inadmissible de concevoir une complaisance de quelque nature que ce soit. Il s’agit de dérives institutionnelles qui exaspèrent tout un peuple, dans son ensemble et d’une provocation inacceptable voire d’une violation des enjeux de la démocratie.
On peut penser que le clivage entre le président de la République et son Premier Ministre induirait une mauvaise gestion des finances publiques, la cherté de la vie, de catastrophiques précampagne et campagne agri-coles, des arrestations arbitraires d’honnêtes citoyens, la suppression des aides sociales, des licenciements, des grèves et l’absence de visibilité de projets bien articulés entre autres.
Cependant, sur les dérives du Premier ministre : qu’en est-il du ministre de la Justice, Garde des Sceaux qui impacte forcément sur l’avenir des magistrats ? A cet effet, le président de la République ne préside-t-il pas le Conseil supérieur de ladite magistrature ?
Un parti politique au pouvoir peut-il peser de tout son poids sur une institution indépendante comme la justice ? Non !
Autrement dit, sommes-nous dans une troisième République où le pouvoir en place qui gouverne se comporte en même temps, comme un parti d’opposition ? Un régime ultra exceptionnel en Afrique ! Malheureusement ou heureusement, ce n’est uniquement pas une jeunesse qui fait avancer un pays, mais tout un peuple, dans toute sa diversité, dans tous les compartiments de jeu et à travers toutes les tranches d’âges.
N’est-il pas, dès lors nécessaire dans ce contexte-ci, de supprimer le poste de Premier des ministres, aux fins de garantir au Président de la République, l’exercice de tous ses pouvoirs, de retrouver toutes ses prérogatives, Il est admis que les dix doigts d’une même main ne sont pas égaux. Pourtant, ils sont de même père et de même mère. Donc, pour aller de l’avant, les critiques objectives sont nécessaires ! Le contraire est de l’obscurantisme maladroit et un chauvinisme inopérant.
Les hommes et les femmes passent : et, quelles que soient leurs prérogatives et les fonctions qu’ils occupent…les institutions demeurent. Sous cet angle, le pouvoir du Président de la République ne saurait faire l’objet de partage. Qui vivra verra !
Par Ibrahima Khalil MENDY
Sg Syntips/Cnts & Président du Mouvement des Permanents Cnts
