Il est le spectre qui hante le palais de la République. Le prisonnier dont le silence est plus assourdissant que tous les discours officiels. Le 26 juillet 2025, cela fera deux ans que Mohamed Bazoum, dernier président élu du Niger, vit reclus avec son épouse, après un coup d’État qui a redessiné le destin du pays. Deux années d’une privation de liberté qui défie les chancelleries du monde entier, de la CEDEAO à l’ONU, et incarne l’énigme politique nigé-rienne. Pour le CNSP au pouvoir, l’ex-président est à la fois un trophée et un fardeau, et un symbole encombrant. Le maintenir indéfiniment dans ce purgatoire doré est la solution de facilité, le statu quo qui gèle le jeu politique. Il reste une monnaie d’échange, un levier face à un monde extérieur qui réclame sa libération, et son ombre captive neutralise toute tentative d’organiser une opposition légitime autour de sa personne.
Mais ce statu quo n’est pas éternel. Deux chemins s’offrent au régime en place, deux tentations lourdes de périls. Le premier est celui de l’anathème du procès. Utiliser la levée de son immunité pour le jeter dans l’arène judiciaire, l’accuser de haute trahison et autres chefs d’accusation, briser son image et justifier, enfin, le putsch du 26 juillet 2023. C’est le risque de le transformer en martyr, de lui offrir une tribune mondiale et d’enflammer une situation déjà “explosive”
Le second chemin est celui de l’exil. Libérer l’homme pour éteindre un foyer de crise, céder aux pressions internationales en l’expulsant sur l’échiquier mon-dial. C’est le risque de libérer non pas un prisonnier, mais une parole. Un Mohamed Bazoum libre, même loin de Niamey, deviendrait instantanément le porte-voix d’une légitimité per-due, un pôle de résistance actif et imprévisible. Quant à l’ultime option, une libération sur le sol national, même sous une forme de résidence surveillée, elle relève de la chimère politique, tant sa simple présence pourrait catalyser toutes les contestations.
En réalité, le sort de Mohamed Bazoum n’est plus une affaire personnelle. Il est le miroir de l’impasse politique au Niger.
Chaque jour de sa captivité continue d’écrire l’histoire d’une transition inachevée. Sa libération, son proces ou son exil ne sera pas l’épilogue de la crise ; ce sera le prologue du prochain chapitre de l’histoire du Niger, un chapitre qui reste entièrement à écrire.
L’enquêteur (Editorial de Soumana I. Maïga, Quotidien L’Enquêteur du Lundi 21 Juillet 2025)
